Au CCLJ

Florence Evrard "Dis, c'est quoi un génocide ?"

Jeudi 1 novembre 2018 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1032

Florence Evrard enseigne la philosophie, la morale et la citoyenneté aux futurs régents et éducateurs de la Haute Ecole Defré. Egalement membre du Collectif belge pour la prévention des crimes de génocide et contre les négationnismes, elle publie Dis, c’est quoi un génocide ? (éd. La Renaissance du Livre) dont elle viendra parler au CCLJ le jeudi 15 novembre 2018 à 20h. Pour dissiper bien des malentendus.

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    Quel est l’objectif de ce nouveau tome de la collection « Dis, c’est quoi ? » dirigée par Nadia Geerts, et à qui s’adresse-t-il ?

    Je travaille depuis longtemps la question des génocides, et j’aborde régulièrement avec mes élèves les théories racistes, antisémites, et la façon dont elles se développent. J’ai également suivi plusieurs formations sur le sujet, en Israël, à Yad Vashem, mais aussi en Pologne, au Cambodge, et au Rwanda, en participant au voyage organisé par le CCLJ. J’ai pu constater que les clichés racistes et antisémites étaient toujours bien vivaces, dans le secondaire, comme chez les étudiants du supérieur. Lorsqu’on traite de la Shoah, il est tout de suite fait mention de la politique israélienne. On a pu s’en rendre compte aussi lors de la minute de silence que certains élèves ont refusé de respecter après l’attentat au Musée juif, invoquant un soutien aux Palestiniens ! Cela montre tout l’intérêt de cet ouvrage, qui, sous la forme d’un dialogue avec un jeune, revient sur les trois génocides (génocide des Arméniens, Shoah, génocide des Tutsi) du 20e siècle. En expliquant les mécanismes qui y conduisent, et comment ils ont pu se reproduire. Ce livre peut s’adresser aux jeunes comme aux enseignants, et à toute personne novice en la matière.

    Vous vous opposez à ce que l’on considère les génocidaires comme des monstres, pour quelle raison ?

    C’est en effet souvent la première réaction : « ce sont des monstres », « des bêtes », « des sauvages », entend-on. Ce sont en réalité des humains, et notre rôle est d’aider à comprendre comment des humains ont pu en arriver là. Dire que ce ne sont pas des humains nous dédouane de tout, nous déresponsabilise et nous permet surtout de ne pas s’intéresser à ce qui s’est passé. Maintenant, dire qu’il s’agit d’humains ne signifie pas pour autant que n’importe quel humain en serait capable. Nous voulons aussi montrer qu’il y a moyen de résister et de désobéir, par sa propre personnalité, comme l’ont notamment démontré les Justes de Pologne. Cela laisse une marge pour l’éducation.

    Beaucoup de professeurs semblent démunis face à des élèves qui exprimeraient par exemple leur négationnisme, quel est votre sentiment ?

    On se retrouve souvent confronté à la frontière fragile entre la liberté d’expression et l’opinion clairement négationniste de certains, qui est en réalité la démonstration d’une thèse qui dissimule un appel à la haine. Je pense personnellement qu’il ne faut pas avoir peur de se confronter aux arguments qu’on nous apporte. Balayer le débat n’est pas une solution. Il faut oser dire au contraire que certaines erreurs qu’on nous met en avant ne suffisent pas à invalider l’ensemble de la recherche, les faits reconnus et avérés. C’est important de le dire, ne fût-ce que pour le reste de la classe, la majorité silencieuse. Ce n’est pas le cadre juridique par ailleurs qui parviendra à changer les mentalités, mais bien l’éducation. Les professeurs manquent aujourd’hui d’outils concrets pour démonter les arguments négationnistes. Il faut donc y travailler.

    Vous abordez aussi la reconnaissance, la sensibilisation et le « travail » de mémoire, moins moralisateur selon vous que « devoir ». Enseigner la Shoah reste quelque chose de difficile ?

    Tout à fait, et c’est pourquoi nous avons tenu à universaliser notre propos. Non, « ce n’est pas qu’un truc de Juifs… ». La preuve, cela s’est reproduit il y a 25 ans avec les Tutsi ! Je pense personnellement qu’il ne faut pas être descendant de… pour se sentir concerné, j’en suis la parfaite illustration. Ce qui est arrivé hier peut arriver à tout le monde. A nous de rester mobilisés, vigilants, et de nous manifester quand nous ne sommes pas d’accord. 

    Florence Evrard, Dis, c'est quoi un génocide ?, éd. La Renaissance du Livre. Préface de Colette Braeckman.

    Infos et réservations: 02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Viviane Tits - 12/11/2018 - 12:39

      Effectivement, les génocides, ce n'est pas que la Shoa durant la guerre 40-45. C'est aussi le massacre des Rroms durant la dernière guerre mondiale, le génocides des Tutsis au Burundi/Rwanda, le génocide des Yézidis récemment par les musulmans, le génocide des Arméniens, etc. Les inhumains ne s'aiment pas du tout entre eux...Pourquoi j'écris "inhumains"...Parce que je pense que globalement, nous n'avons pas encore atteint le niveau de l'Humanité, à savoir respecter la Vie en général (et pas seulement des autres hommes).