Au CCLJ

Erasme : Entre tolérance universelle et haine des Juifs

Vendredi 3 mai 2019 par Nicolas Zomersztajn

Reconnu comme l’un des plus grands humanistes de la Renaissance, Erasme n’a pas toujours mis en pratique la tolérance et l’ouverture d’esprit qu’il a prônées lorsqu’il était question des Juifs. Dans sa conférence du lundi 20 mai 2019 à 20h au CCLJ, Thomas Gergely, professeur et directeur de l’Institut d’études du judaïsme de l’ULB, analysera la vision résolument conspirationniste de la haine qu’Erasme nourrissait envers les Juifs.

 
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    Quel regard Erasme portait-il sur le Juifs ?

    Il ne les voyait pas d’un bon œil. Fidèle à un certain enseignement traditionnel de l’Eglise, tout en se gardant de l’anti-judaïsme fanatique et ordurier propagé par  Luther, Erasme considère que les Juifs de tous les pays fomentent un complot visant à détruire les fondements mêmes du christianisme. Pour Erasme, on ne peut trouver pire fléau plus opposé ou plus hostile à la doctrine du Christ. Au regard du langage contemporain, on peut affirmer qu’Erasme était incontestablement un antisémite conspirationniste.

    Comment expliquez-vous cette découverte et cet intérêt tardif pour cet aspect de l’œuvre d’Erasme ?

    Comme l’œuvre d’Erasme est immense et qu’il est le fondateur de l’humanisme chrétien, c’est le grand homme auquel on ne s’attaque pas. C’est ce qui ce qui explique que la dimension résolument antijuive d’Erasme n’est apparue aux chercheurs qu’en 1969, date de publication de la première étude qui s’intéresse à cette question. La production théologique d’Erasme est énorme, mais d’une lecture difficile. Son hostilité aux Juifs paraît également secondaire aux yeux de certains chercheurs et exégètes de son œuvre. Quant à ceux qui avaient perçu cette dimension antijuive, ils en ont conclu trop rapidement qu’Erasme n'était rien de moins qu’un homme de son époque. Or, quand on rassemble bout à bout ses textes, on découvre une quantité énorme de considérations pour le moins hostiles aux Juifs. Cette question est évidemment complexe et il est évident qu’Erasme fut un grand homme, mais sans lui enlever un iota de sa grandeur, on peut reconnaître que les grands hommes ont aussi leurs petits côtés, et dans le chef d’Erasme, ces petits côtés sont monstrueux. Tout diamant a ses impuretés. Les « grands » hommes aussi. Ainsi en alla-t-il d’Erasme.

    L’argument selon lequel Erasme est un homme de son époque ne tient pas ?

    Tout à fait, car d’autres penseurs qui lui sont contemporains ont déjà commencé à adopter une attitude favorable aux Juifs. C’est notamment le cas de Johannes Reuchlin, le premier théologien allemand hébraïste. Il a ainsi écrit la première grammaire de l’hébreu en allemand. Face aux Dominicains qui réclament l’interdiction et le brûlement du Talmud et de tous les livres en hébreu, Reuchlin défend la valeur spirituelle de l’hébreu et s’oppose à la destruction des livres juifs dans un ouvrage intitulé Augenspiegel (Reflet des yeux). Sa connaissance et sa maîtrise de l’hébreu lui ont permis de comprendre que le Talmud ne correspond pas à ce qu’en racontent des gens incapables d’en lire deux lignes.

    Et ce regain d’intérêt en Europe chrétienne pour l’apprentissage de l’hébreu et l’étude des textes originaux obsèdent Erasme au plus haut point…

    Quand il voit des penseurs comme Johannes Reuchlin et Wolfgang Capito apprendre l’hébreu, il craint que l’Ancien Testament prenne le dessus sur le Nouveau Testament. Il refuse que les chrétiens retournent à ces textes anciens. Selon lui, l’idée juive est en train de se répandre à travers l’Europe à cause de chrétiens qui s’intéressent trop aux textes du judaïsme. Et sa haine conspirationniste gagne en intensité envers les Juifs convertis au christianisme. En bon conspirationniste, il les voit comme une cinquième colonne.

    Infos et réservations: 02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par godelieve,béatr... - 18/05/2019 - 23:00

      C'est une joie de pouvoir écouter prof. Gergeley.