Au CCLJ

Le dictionnaire amoureux de l'humour juif

Jeudi 1 Février 2018 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°876 (1016)

Ecrivain et éditeur, Adam Biro vient d’ajouter à la fameuse collection des « Dictionnaires amoureux » un volume consacré à l’humour juif (éd. Plon). Dans ce dictionnaire qui n’a rien d’un recueil de blagues, il mène surtout une réflexion sur le principe même de l’humour juif, ses origines, sa raison d’être, sa structure et son rôle. Il présentera son livre au CCLJ le jeudi 8 février 2018 à 20h.

Adam Biro

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    Que représente l’humour pour les Juifs ?

    Adam biro En écrivant ce dictionnaire, j’ai découvert que l’humour constitue un des trois fondements du judaïsme. Le premier est la loi écrite, le deuxième la loi orale et le troisième est l’humour. Celui-ci permet aux Juifs de traverser le temps, les malheurs et les épreuves qui leur sont infligés.

    Quelle est la particularité de l’humour juif ?

    A.B. Ce qui caractérise l’humour juif est sans doute l’autodérision. Aucun peuple, à part peut-être les Anglais, ne pratique l’autodérision comme les Juifs. L’autodérision est une arme redoutable : quand un Juif se moque de lui-même, le boulot est déjà fait. L’antisémite ne peut plus rien dire.

    Cette autodérision ne s’applique-t-elle qu’aux malheurs ?

    A.B. Pas nécessairement. L’humour juif porte sur tout. Cela comprend aussi le bonheur, qu’il soit matériel (l’argent) ou sentimental (les amours). Il est clair que ce sont les aspects négatifs qui sont dénoncés par l’humour juif. Ainsi, on ne se moque pas de ses réussites. Et si d’aventure, on se moque de ses succès en amour, cela sous-entend que l’on n’en a aucun ! C’est normal, car cet humour se fonde sur l’autodérision. Ce qui permet à nouveau de supporter les coups du destin. L’humour juif n’épargne rien ni personne : ni la famille, ni la religion, ni même la Shoah. Cela nous renvoie au Galgenhumor (littéralement humour de potence en allemand). Il y avait des witz sur Auschwitz et sur la déportation, witz racontés par ceux qui ont vécu cette tragédie. Du genre : « Ne t’inquiète pas, nous voyagerons dans le même wagon ». De cette manière, les Juifs peuvent supporter l’insupportable, à savoir que la Shoah les a frappés.

    L’humour juif correspond-il à cette expression célèbre attribuée à de nombreuses personnalités, mais dont l’auteur est Chris Maker : « L’humour est la politesse du désespoir » ?

    A.B. Oui. J’aime bien cette formule. En revanche, je récuse complètement l’idée selon laquelle l’humour juif consiste à rire à travers les larmes. Il n’y a pas de larmes dans l’humour juif. Bien au contraire, rire permet aux Juifs de ne pas pleurer.

    Vous avez évoqué le witz. Comment le définissez-vous ?

    A.B. Le terme witz n’est pas à proprement parler yiddish. Son origine est anglaise et provient du mot « wit » (a man of wit : un homme d’esprit). C’est Sigmund Freud qui le reprend pour son livre Le Mot d’esprit et sa relation à l’inconscient (Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten). Ce terme est difficilement traduisible. Ce n’est pas une blague, ni une plaisanterie ni une vanne. Je ne pense pas non plus que ce soit un mot d’esprit. C’est tout cela à la fois et un peu plus. Cela se rapproche de la petite histoire avec son climax, sa chute et sa question en guise de conclusion. Ce qui nous ramène à quelque chose de très juif : le Talmud. Si le récit biblique n’a rien de drôle, le Talmud est plein d’humour et de questionnements. Ce n’est donc pas étonnant qu’un Juif réponde toujours à une question par une autre question.

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