Au CCLJ

Danny Trom "Persévérance du fait juif"

Mardi 19 Février 2019 par Stéphane Meyer

Danny Trom a publié Persévérance du fait juif. Une théorie politique de la survie (éd. EHSS/Gallimard/Seuil). En s’appuyant sur le Livre d'Esther, ce chercheur spécialiste de la théorie politique montre ce qui a permis aux Juifs de traverser les siècles sans Etat. Danny Trom présentera ce livre au CCLJ le mercredi 20 février 2019 à 20h dans un débat avec Jean-Philippe Schreiber (CIERL/ULB).

 
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    C’est en relisant le Livre d’Esther que Danny Trom a tenté de dégager une théorie politique de persévérance du peuple juif. « Ce n’est pas le Livre d’Esther en lui-même qui m’a intéressé, j’ai analysé en réalité la longue chaîne d’actualisation du Livre d’Esther, des commentaires talmudiques, des pratiques de célébration de la fête de Pourim et des références à ce livre tout au long de l’Exil », précise-t-il. « Ce livre prend effectivement une importance particulière à partir de l’Exil, de l’Antiquité à la fin de l’Ancien régime ».

    Le Livre d’Esther raconte comment les Juifs de Perse réussissent à contrer le projet d’extermination qu’Aman souhaite mettre en œuvre. La multiplication des nombreux commentaires du texte du Livre d’Esther réside dans l’inexistence de traité politique produit par les Juifs entre l’Antiquité et le Moyen-Age. « Les Juifs ont cherché à comprendre leur situation à partir du corpus dont ils disposaient. Ils vont y voir dans le Livre d’Esther une description de leur situation et surtout une description de la manière dont ils vont pouvoir agir politiquement pour continuer de préserver au sein des entités où ils vivent depuis l’exil. Ce récit leur permet d’élaborer des outils ajustés à leur propre survie ».

    Violence de la populace

    Dans ce récit, on voit aussi comment les Juifs définissent leur rapport à l’Etat en s’efforçant d’obtenir sa protection. Danny Trom montre comment se constitue dans le Livre d’Esther une structure triangulaire (Juifs-Roi-peuple) dans laquelle les Juifs s’allient au Roi afin de se prémunir contre la violence de la populace. Cette structure va traverser l’Histoire. Cet édifice protecteur pour les Juifs est remis en cause avec l’apparition de l’Etat-nation et de la souveraineté populaire qui l’accompagne. Lorsque ces Etats-nations connaissent des crises, on voit bien que cette structure triangulaire protectrice des Juifs s’effondre. Les Juifs ne peuvent plus se protéger en se plaçant sous l’autorité du souverain contre une populace menaçante, le peuple étant désormais souverain.

    Une question brûle les lèvres : la Shoah est-elle l’illustration tragique de l’effondrement de ce modèle de survie politique ? Sûrement. « Le Roi ne protège plus les Juifs en devenant un Roi criminel », souligne Danny Trom. « Le Livre d’Esther, qui constitue la pratique traditionnelle des Juifs, les a aveuglés plutôt que de les aider à surmonter un énième et tragique Pourim. Ce livre est donc venu masquer la possibilité que la menace d’extermination se réalise. Leur boîte à outils intellectuelle ne leur permettait pas de comprendre ce qui se jouait avec la Shoah. Ce qui a inévitablement plongé le monde juif dans une crise profonde et insurmontable ».

    Avec la création de l’Etat d’Israël, certains estiment que les Juifs ont surmonté cette crise. Dès lors qu’ils ont formé un Etat-nation comme les autres peuples, ils perdent leur vulnérabilité, et la tradition politique inspirée par le Livre d’Esther trouve un point final. Mais Danny Trom propose une autre compréhension de la création d’Israël. « Dans la mesure où l’Etat-nation fondé sur la souveraineté populaire n’a pas pu protéger les Juifs, l’Etat d’Israël est devenu le pôle substitutif de la fonction protectrice qui existait en Europe. Comprendre Israël de cette manière permet de le réintégrer dans la continuité de l’histoire du peuple juif, et non pas en rupture ». Et cette compréhension présente aussi un avantage politique selon Danny Trom : « Si Israël assume la fonction protectrice des Juifs, les problèmes du territoire et d’une substance supposée juive de l’Etat ne se posent pas. La question n’étant pas de savoir si l’Etat a des caractéristiques juives, mais s’il est capable de réaliser la fonction de protection des Juifs dès lors qu’elle n’est plus assurée ailleurs. Dans cette perspective, on évite tout fétichisme territorial ou messianique ». Peut-être, mais en insistant sur la fonction protectrice désormais dévolue à Israël, Danny Trom évacue un peu rapidement le caractère juif d’Israël qui s’exprime de différentes manières, notamment à travers la renaissance de l’hébreu et du développement d’une culture israélienne authentiquement juive.

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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