Au CCLJ

Charb : Lettre aux escrocs de l'islamophobie...

Mardi 5 septembre 2017 par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°867 (1007)

Deux jours avant d’être assassiné par des djihadistes en janvier 2015, Charb, le directeur de Charlie Hebdo, venait de terminer l’écriture de Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes (éd. Les Echappés). Adaptée à la scène par Gérald Dumont et Marika Bret, la lecture-spectacle de ce livre posthume sera présentée au CCLJ le mercredi 4 octobre 2017 à 20h.

Charb

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    Depuis que Charlie Hebdo avait publié en 2006 les caricatures de Mahomet et que son équipe de dessinateurs tournait en dérision, non sans courage, les islamistes, la Rédaction de ce journal satirique français a été constamment trainée dans la boue par une certaine mouvance antiraciste. Bien avant son assassinat, cette accusation injuste et stupide (en 2011 les locaux de Charlie Hebdo avaient été incendiés au cocktail Molotov) a interpellé Charb, son directeur de publication. Charlie Hebdo serait raciste !

    Dans la tribune Non, Charlie Hebdo n’est pas raciste ! qu’il publie dans Le Monde en novembre 2013, Charb répond déjà à ses détracteurs. « Où seraient cachés les supposés racistes ? », s’interroge-t-il. « Nous n’avons pas peur d’avouer que nous sommes des militants antiracistes de toujours. Sans nécessairement avoir une carte, nous avons choisi dans ce domaine notre camp, et n’en changerons évidemment jamais. Si par extraordinaire -mais cela n’arrivera pas- un mot ou un dessin raciste venait à être publié dans notre hebdomadaire, nous le quitterions à l’instant, et avec fracas. Encore heureux ! ». Charb a déjà saisi la mécanique qui se met en marche contre son journal : « Nous serions islamophobes, disent nos diffamateurs. Ce qui, dans la nov-langue qui est la leur, signifie racisme. Où l’on voit combien la régression a gagné tant d’esprits ».

    Cette accusation qu’il ne digère pas poursuit Charb qui s’en explique dans Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes. Ce texte posthume de 90 pages prolonge la réflexion qu’il a entamée dans la tribune du Monde en montrant que le terme « islamo-phobie » « contente à la fois les racistes, les islamistes radicaux, les politiques démagogiques et les journalistes fainéants ». Par ailleurs, Charb reproche aux tenants du communautarisme d’imposer aux autorités judiciaires et politiques le concept d’islamophobie afin de pousser les victimes de racisme à s’afficher musulmanes. Bref, d’essentialiser les musulmans.

    « Je suis Charlie mais… »

    L'acteur et metteur en scène Gérald Dumont et Marika Bret, directrice des ressources humaines de Charlie Hebdo, ont décidé d’adapter le texte de Charb pour le présenter sous la forme de spectacle. Hélas, ce spectacle est confronté aux mêmes obstacles que ceux qui se dressaient déjà devant Charb et ses camarades de Charlie Hebdo. Programmé en mars dernier dans une salle de théâtre appartenant à l’Université Lille II, il a été annulé par le président de cette université qui a justifié sa décision en invoquant des « débordements » éventuels. « Ce n’est pas ma philosophie, ma philosophie c’est d’ouvrir les portes. Mais j’ai craint les débordements, le climat et l’ambiance sont si lourds. Je sais qu’on est un peu complice en agissant de la sorte et ça m’emmerde, mais j’ai préféré annuler ou plutôt reporter. Ce qui est une facilité de vocabulaire, même si qui peut dire quelle sera la situation en septembre ou octobre ? ». Une autre déclinaison de « Je suis Charlie mais… ». A l’instar de ce président d’université, on a beaucoup entendu des gens de gauche et d’antiracistes bien comme il faut clamer leur amour de Charlie Hebdo, tout en déroulant simultanément un catalogue de réserves et de critiques à l’égard de ce journal, à tel point qu’on se demande s’ils s’accommodent de la vision du monde des islamistes.

    « La parole de Charb, on ne l’entend plus, car il a été tué. Si on n’entend plus ses mots, il sera mort deux fois. Ça me rend triste et en colère », a réagi Gérald Dumont. Une colère qu’il pourra exprimer le 4 octobre 2017 au CCLJ, où il présentera son spectacle qui sera suivi d’un débat en sa présence.

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par BOAZ - 27/09/2017 - 18:03

      Il n' y a pas qu'à Lille que ce spectacle est refusé.

      Il l'a été au Festival d'Avignon et très récemment par la mairie de Lormont ( Gironde) où l'adjoint aux affaires culturelles de la Mairie avait déclaré préférer la promotion d'une "laïcité apaisée"....

      C'est quoi, une laïcité apaisée ?