Spécial 60 ans

Le CCLJ et moi

Mardi 4 Février 2020 par Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d'Israël
Publié dans Regards n°1058

Effroyable comme le temps passe, n’est-ce pas ? Dix ans, déjà, depuis le 50e anniversaire du CCLJ ? Mais… c’était hier. Etrange phénomène que ce sentiment de proximité alors que tant de choses ont changé. Un effet de l’âge, sans doute.

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    Oui, beaucoup de choses ont changé. David Susskind n’est plus. Les causes qui l’ont occupé toute sa vie ne se portent pas très bien de nos jours, moins bien qu’il y a dix ans en tout cas. Et d’abord la cause de la paix. Car si David n’est plus, Bibi, lui, est toujours là, et ce qu’il représente semble avoir pris le dessus. Bibi, Trump, Poutine, Orban, Kaszynsk… Quelle galerie d’anti-Suss s’agite aujourd’hui sur le devant de la scène !

    Je relis ces quelques lignes et je me dis que Suss n’aurait pas aimé. Elles sentent ce qu’il détestait le plus, le pessimisme, le défaitisme, la tentation de baisser les bras. Reprenons donc. Beaucoup de choses ont changé, certes, mais l’histoire tourne, et le pire n’est jamais sûr. Si lui n’est plus, le CCLJ est toujours là, plus vivant que jamais. Plus qu’un symbole, un lieu de vie et une raison d’espérer.

    Habitué par métier à réfléchir objectivement, on me demande de me livrer à un exercice d’introspection. Alors, voilà. A priori, le Juif israélien que je suis n’avait pas de raison particulière de s’intéresser au CCLJ. Juif athée de l’espèce nationale, Juif parce que israélien et non l’inverse, étranger de passage en Belgique pour des raisons professionnelles, rien ne me prédisposait à m’attacher à une institution communautaire diasporique. Si j’y suis venu, c’est d’abord parce que j’y ai été attiré par une personnalité hors du commun, au charisme d’autant plus étrange qu’il en semblait au premier abord dépourvu. Si j’y suis resté, c’est parce que le lieu qu’il a créé avec une poignée d’amis était d’évidence lui-même un lieu d’exception au sein du monde juif. Pour définir d’une phrase ce que le CCLJ représentait pour moi, je dirai : un sionisme soucieux du bien-être d’Israël, mais sans nationalisme ; un judaïsme fier de ce qu’il a apporté au monde, mais sans ethnocentrisme ; un humanisme laïque, mais sans athéisme agressif. Bref, une façon d’être au monde qui me convenait, et qui me convient toujours.

    Il y a plus. Politique au sens noble du terme, le CCLJ a été de tous les combats, pour les Juifs d’URSS, pour la préservation de l’unicité du site d’Auschwitz, pour la dignité des immigrés, pour la démocratie. Et aussi, et surtout, pour la paix au Proche-Orient. C’est dans la maison des Susskind avenue Montjoie que j’ai rencontré pour la première fois Leila Shahid, qui m’a raconté tout ce que nos hôtes faisaient pour faciliter les contacts entre Israéliens et Palestiniens. Plus tard, lorsque Suss m’a demandé d’assumer la présidence du 50e anniversaire du CCLJ, et que je me suis empressé d’en accepter l’honneur avec gratitude, c’est dans ce cadre que j’ai eu l’idée de lancer J Call, une organisation européenne sur le modèle du J Street américain, et c’est le CCLJ qui en a constitué la matrice.

    Dix ans et plusieurs présidences plus tard, le CCLJ a changé, sans doute, comme tous les organismes vivants. Moi-même, après des années passées à Bruxelles, je suis rentré chez moi et, si j’y retourne régulièrement, ce n’est plus mon centre de vie. Mais le CCLJ est resté pour moi ce qu’il a toujours été : une maison complice et amie.

    Alors, bon 60e anniversaire, cher CCLJ. Pour nous autres mortels, c’est le début du troisième âge. Pour toi, la fleur de la jeunesse !   


     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Giacomo Douenias - 20/02/2020 - 9:41

      Voici un article comme on aimerait lire plus souvent sous la plume d’Elie Barnavi.