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Le CCLJ à Auschwitz : un voyage marqué du sceau de la Mémoire

Jeudi 1 novembre 2018 par Jean-Marc Finn
Publié dans Regards n°1032

A l’origine, des gens aussi divers tant par leurs origines que par leur intérêt marqué par l’envie de faire un voyage à Auschwitz. Ce souhait souvent exprimé lors de soirées au CCLJ, par mail ou Facebook, a soulevé la nécessité de continuer à organiser un voyage à contenu pédagogique à Cracovie et au camp d’Auschwitz-Birkenau. Ils étaient 25 à nous accompagner en ce week-end de fin septembre.

Dans ce cadre, un préalable nécessaire à nos yeux : la soirée d’information et de préparation  dispensée par Ina Van Looy (Centre d’Education à la Citoyenneté du CCLJ) et Laurence Schram (historienne au Musée Kazerne Dossin). Nous avons souhaité demander aux participants à ce voyage de compléter un document leur demandant quelles étaient leurs attentes, s’ils avaient déjà visité un lieu de mémoire, etc. Ce groupe, formé de Juifs et de non-Juifs, de personnes déjà informées ou pas, ayant un lien familial lié ou non à la Shoah, nous a confirmé l’intérêt de ce voyage marqué par ce qu’ils imaginent être un événement pivot dans la conception qu’ils ont de l‘histoire et de la condition humaine.

Départ depuis Zaventem, salutations polies, mais un peu crispées (nous ne partons pas en voyage d’agrément), voyage sans histoire et arrivée à l’hôtel, et nous voilà en route pour une visite de Cracovie et ses lieux de vie d’une communauté juive à l’époque forte de 68.000 âmes (soit 30% de la population). Tout d’abord, Kazimiersz, le quartier juif, vidé en 1941 de sa population qui sera amenée à rejoindre le ghetto, de l’autre côté de la Vistule. Ce quartier bouclé par des murs, des barbelés ou son décor naturel, qui a servi  de décor à certaines des scènes du film La liste de Schindler (Liam Neeson sur son cheval, en haut du rocher, qui assiste à la liquidation du ghetto), marque par sa petitesse au regard du nombre de personnes qui y furent enfermées… Laurence Schram nous évoque les conditions de survie, l’entraide, la mort qui rôde…

Le soir, nous sommes conviés au Centre communautaire juif de Cracovie pour un Shabbat, accueilli par son président Jonathan Ornstein, qui nous explique la redécouverte chez beaucoup de jeunes Polonais de leur identité juive, fruit de la libération de la parole à la chute du Mur de Berlin. Un moment de détente avant la longue et éprouvante journée du samedi consacré à la visite d’Auschwitz-Birkenau.

Un effroi presque palpable

Samedi : tout d’abord, la chance : Une guide polonaise qui va vite se révéler excellente, pleine d’empathie, et qui formera avec Laurence Schram un duo aussi compétent que complémentaire. De l’émotion à chaque bloc visité, à chaque commentaire effectué. Le soleil lumineux qui nous accompagne suffit à peine à nous distraire du sentiment d’effroi presque palpable. Moment particulier pour nous, Belges : la visite du pavillon belge à Auschwitz, expliquant la singularité de la déportation des Juifs de Belgique. Ce pavillon qui fut réhabilité et modernisé par Ward Adriaens, Paul Vandebotermet, Maxime Steinberg et Laurence Schram (Kazerne Dossin). Les explications passionnées et passionnantes de Laurence aiguisent la perception que nous avions des rafles effectuées à Bruxelles, Anvers, Liège et Charleroi… Son contexte politique, la collaboration des autorités et de certains de ces citoyens, mais aussi le courage des autres, citoyens lambda, prêtres ou fonctionnaires, qui ont aidé, caché, nourri et parfois élevé des enfants juifs condamnés à une mort certaine, et cela en dépit des risques encourus.

Birkenau : une énorme plaine sous le soleil, dont le relief n’est constitué que de miradors et de baraquements… On l’imagine tout de suite sous la neige, balayée par un vent glacial, le bruit des gens qui courent, les ordres hurlés par les kapos, les aboiements de chiens, et la fumée, cette fumée que l’on imagine visible à chaque coin de cette immense étendue… Les mines sont tristes, les regards embués de larmes… Le four numéro 2, dynamité par les nazis, laisse un sentiment de vide absolu de la moindre parcelle d’humanité. Et les baraquements (latrines, dortoirs) et leurs modes de fonctionnement achèvent de nous laisser un peu hagards au moment de prendre congé de Marta, notre guide.

Place à la transmission

Excellent repas dans un restaurant dans la vieille ville de Cracovie : moment de délassement, de discussions variées et enjouées, mais qui ne trompent personne. Le moment que nous venons de vivre tous ensemble nous a marqués, et nous ne sommes pas prêts de l’oublier.

Dimanche matin, visite libre du centre historique de Cracovie : ses vieilles rues, le quartier « Rynek Glowny », plus grande place d’Europe, et sa magnifique Halle aux Draps, baignée par un soleil éclatant ! Le temps du retour et un dernier travail à accomplir : remplir un questionnaire d’évaluation du voyage, pour nous aider à mieux cerner si les attentes ont été rencontrées, si des choses sont à améliorer, etc.

Nous nous retrouverons, sous peu, dans notre Mazal Café, pour un débriefing oral, pour partager ensemble l’émotion, les commentaires, les enseignements et la transmission que nous imaginons pour nos enfants, et les vôtres.


 
 

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