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Bruckner, l'homme qui n'appartient à aucune chapelle

Lundi 5 décembre 2016 par Laurent-David Samama
Publié dans Regards n°852

On le pensait juif, il a récemment fait son « coming-out goy ». Nouveau philosophe, pourfendeur de politiquement correct, dynamiteur d’appartenances… Connaît-on vraiment Pascal Bruckner ? Qui est-il vraiment ? Pour le savoir, rendez-vous le mercredi 14 décembre 2016 à 20h, au CCLJ.

 
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    Il a refait surface à la faveur du premier tour de la primaire de la droite et du centre. Dans le duel qui opposait les deux fils politiques de Jacques Chirac, Alain Juppé, l’héritier déclaré, et Nicolas Sarkozy, le fils indigne, Pascal Bruckner a choisi l’outsider, celui que l’on n’attendait pas… François Fillon ! Et il a vu juste. « Tout bien réfléchi », explique le philosophe, « je voterai plutôt Fillon. Tout simplement, car c’est la fermeté et une certaine forme de dignité, il n’est pas compromis dans les affaires, il garde une certaine tenue. Il ne se dilapide pas en proclamations un peu ridicules ». Bruckner vote Fillon, car ce dernier ne se « dilapide pas ». Volontaire ou pas, la formule renvoie à La Sagesse de l’argent, dernier essai en date du philosophe publié aux éditions Grasset (2016). Un livre dense écrit dans une langue limpide qui interroge autant qu’il captive. Si l’on voulait filer la métaphore monétaire pour coller au propos, on qualifierait son travail de grande richesse. En s’attaquant non pas à l’argent, mais à l’obsession que les hommes lui portent, le penseur s’attaque à une énième idole. Un veau d’or. Ce faisant, il poursuit le long chemin entrepris depuis Le Nouveau Désordre amoureux (1977) lorsque, les cheveux long et l’air frondeur, il s’évertuait, en tandem avec un autre chien fou de la pensée française, Alain Finkielkraut, à déboulonner le mythe de la Révolution sexuelle. Quarante ans plus tard, que reste-t-il au juste de cette fougue et de cet allant ? Qui est Pascal Bruckner ? Comment perçoit-il le monde dont sa génération a enfanté ? Guy Haarscher tentera de répondre à ces questions, le 14 décembre 2016 à 20h, en compagnie du principal intéressé. Pour l’heure, voici quelques pistes.

    Prix Médicis de l’essai en 1995 avec La tentation de l’innocence, prix Renaudot en 1997 pour Les voleurs de beauté, prix du Meilleur livre d’économie en 2002 pour Misère de la prospérité... Si la liste n’est pas exhaustive, elle prouve à quel point la pensée brucknerienne interroge son époque et ses semblables, ne cherche jamais la facilité quitte à déplaire, parfois. Compagnon de route de la revue Le Meilleur des Mondes dans les années 2000, le philosophe s’est ainsi engagé en faveur de l’intervention américaine en Irak. Motif ? « La liberté et la démocratie ne doivent pas être un luxe réservé aux pays occidentaux. Le peuple d’Irak y a droit lui aussi, comme tous les autres peuples de la région. Nous sommes à ses côtés dans l’attente d’une capitulation sans conditions de la dictature qui l’opprime depuis plus de trente ans ». L’argument est puissant, mais passe mal à mesure que l’armée américaine s’embourbe entre Bagdad et Bassorah. Pas de quoi faire rentrer Bruckner dans le rang de la pensée aseptisée ! Au fil des années, le franc-tireur oscille entre Le Nouvel Obs et Causeur, jamais là où on l’attend vraiment. Il abandonne peu à peu la gauche dont il était issu pour fixer sa propre ligne, parfois à contre-courant de la doxa. Deux livres symbolisent cela : Le Sanglot de l’homme blanc (Seuil, 1983) et Le Fanatisme de l’apocalypse (Grasset-Fasquelle, 2011). Dans le premier, l’auteur s’attaque au tiers-mondisme devenu fabrique à « bons sauvages », dans le second il pourfend cette écologie qui, sous prétexte de défendre la planète, entre en guerre contre l’homme.

    Depuis peu -est-ce la maturité ?-, Pascal Bruckner parle de lui en même temps qu’il explique le monde. Celui qui à 20 ans rêvait d’être « Mick Jagger ou rien » raconte dans Un bon fils (Grasset, 2014) son enfance dans une famille catholique, dans l’immédiate après-guerre, au sein d’un foyer dirigé par un père antisémite et admirateur du régime nazi. Pour ses lecteurs, c’est une surprise. Bruckner n’est pas juif, pas juif du tout… Les plus déçus sont ceux qui voient des Juifs partout : les Juifs eux-mêmes et les antisémites… A nouveau, l’auteur-écrivain-philosophe déstabilise. Il n’est vraiment pas celui que l’on croit. Aujourd’hui impossible à cataloguer, on sait seulement qu’il a évolué. Dans La Sagesse de l’argent, Bruckner écrit comme une confidence : « Parler d’argent, c’est toujours parler de soi. (…) Pour ma part, passé d’un dénouement insouciant à l’âge des études à une prospérité intermittente, j’ai souvent vécu en cigale, certain que la chance me gratifierait toujours de ses largesses, que les droits d’auteurs n’étaient pas un salaire, mais une grâce ». La fin d’une époque, le début d’une autre.

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